Toujours mieux chez les autres ? Le développement durable vu d’ailleurs

Dans Biennales Internationales du Spectacle, il y a « international » et sans invités venus d’au-delà de nos frontières, l’adjectif serait un peu vain. Chez DD, deux professionnelles d’outre-Manche et d’outre-Atlantique sont venus partager avec nous les meilleures initiatives durables de leurs coreligionnaires : Annie Dureault, coordinatrice du Conseil québécois des événements éco-responsables (CQEER), et Claire O’ Neill, fondatrice de l’association britannique A Greener Festival et membre de Powerful Thinking, un « think-do tank » composé d’organisateurs d’événements culturels. Nous attendions leurs présentations avec impatience pour enfin savoir : l’herbe est-elle vraiment plus verte ailleurs ?

Habituée des festivals (l’association qu’elle dirige remet chaque année un prix couronnant les festivals les plus respectueux de l’environnement), Claire O’ Neill s’est fendue d’une présentation particulièrement orientée « rassemblements de plein air » pour la rencontre Nos voisins sont formidables, mettant en avant des exemples sur les thèmes de l’énergie, du transport, de la gestion des déchets, et du ré-emploi.

Et pour commencer, un chiffre évocateur sur l’énergie : 4000 £. C’est l’économie réalisée par le festival Shambala sur ses dépenses de carburant pour les générateurs, grâce à un suivi de leurs consommations; celle-ci leur a permis de constater que la puissance de leurs générateurs (et donc leur consommation en carburant) étaient disproportionnées en regard de leurs besoins réels (voir schéma de sa présentation).

Concernant la gestion des déchets et toujours à Shambala, Claire nous rapporte cette idée qui à notre connaissance, n’a pas encore été testée en France : la consigne sur les déchets de camping.

Chaque campeur paie, avec son billet pour le camping, une consigne de 10 £ qu’il pourra récupérer s’il rapporte à l’accueil du camping un sac de déchets triés. Un moyen de préserver la propreté du site en mettant à contribution ceux qui foulent sa pelouse pendant quatre jours, et de faire payer ceux qui ne jouent pas le jeu. Car Claire le dit très bien : « Si vous traitez les gens comme des consommateurs, ils consommeront. Il est du rôle de l’organisateur de trouver à son audience une autre place que celle là, dans l’organisation de la vie sur place ».

On vous invite à réécouter toute son intervention et à consulter son support de présentation, mais on ne peut conclure sans évoquer la spectaculaire araignée géante et mécanique créée par la compagnie Arcadia. Spécialisée dans les arts de rue et la scénographie monumentale, cette compagnie fonde son travail sur le recyclage et le ré-emploi.

Ainsi, la Spider DNA (c’est son petit nom) est conçue à partir d’improbables matériaux de récupérations (réacteurs d’avion, queues d’hélicoptères militaires, pince de véhicules du BTP…) et roule aux bio-carburants. Nous vient alors cette question : est-ce que la Spider DNA et notre Éléphant des Machines de l’Ile, à Nantes, feraient de bons camarades de jeu ? On se prend à rêver de cette drôle d’association.

Annie Dureault pour le Québec nous offre quant à elle ses « coups de cœur » DD, en commençant par une précision de taille : les enjeux écologiques sur lesquels les organisateurs doivent être vigilants sont propres à chaque pays. En l’occurrence, ce sont les déplacements qui nécessitent le plus d’efforts. Claudine Mercier, une humoriste, a ainsi choisi de tourner en véhicule hybride, pour réduire ses émissions de gaz à effet de serre (GES).

Les artistes semblent très inscrits dans ces démarches, et Annie de prendre pour exemple l’initiative Un arbre pour tous. Le 10 mai 2014, les Cowboys Fringants et d’autres artistes locaux se sont associés pour un concert exceptionnel au Centre Bell, l’antre habituel de l’équipe de hockey des Canadiens de Montréal. Sur chaque billet vendu, une somme était redistribuée au programme En route vers le 22 avril 2017 qui prévoit l’implantation de 375 000 nouveaux arbres dans le Grand Montréal pour célébrer le 375e anniversaire de la ville qui aura lieu l’année prochaine. 40 000 arbres on pu être plantés grâce à cette seule soirée !

Le groupe musical des Cowboys fringants sont investis sur les questions sociales et environnementales depuis de nombreuses années au travers de leur fondation. En 2004, ils prenaient parole lors d’une campagne de prévention du suicide, faisaient campagne contre l’installation d’une centrale thermique… S’agissant du groupe Québécois ayant vendu le plus de disques (après Céline bien sûr), cet investissement ce n’est pas rien..

Nature et culture se mélangent également au Festival de la Chanson de Tadoussac. Le festival propose aux spectateurs d’emprunter des kayaks pour un circuit musical autour d’une presqu’île située dans le Fjord de Saguenay. Trois groupes s’y produisent en acoustique à différents intervalles dans un cadre absolument incroyable. Jugez par vous-même :

 

Plus tôt, lors de la réunion Rencontre entre les réseaux DD français et québécois, Annie Dureault abordait les clauses « d’éco-conditionnalités » dans l’attribution d’argent public aux structures culturelles. Une pratique qui tend à se développer en France et déjà bien installée au Québec, sous forme de « bonus ». Comprenez, si les organisateurs d’événements intègrent une démarche développement durable dans leur projet, la manne financière provenant des institutions publiques sera plus importante. Une façon de valoriser les bons élèves sans pénaliser les autres.

Autre point important mentionné par Annie, le dépôt d’une norme encadrant la gestion responsable des événements auprès du Bureau de Normalisation du Québec (BNQ), l’équivalent québécois de l’Association Française de Normalisation (AFNOR). Portée par le Réseau des femmes en environnement (qui dirige le CQEER), la norme BNQ 9700-253 sert dorénavant de référence pour un programme de certification volontaire. Selon un système de classification, 56 critères sont pris en compte pour son obtention correspondant à cinq catégories allant du choix des fournisseurs à la gestion du matériel, des sources d’énergie et de l’eau. A l’international, les normes ISO 26 000 et ISO 20 121 viennent aussi valoriser ce type de démarche mais restent difficilement accessibles aux petites structures par l’investissement en temps et en ressource humaines qu’elles requièrent.

 

Green-Dating !

Sept « décisionnaires » (collectivités, organisateurs d’événements) de Loire-Atlantique et de la région, ont rencontré, sur le principe du speed-dating, sept prestataires locaux préalablement sélectionnés et ayant intégré le DD dans leurs méthodes de travail. Une seule règle (ou plutôt deux) : tous devaient se rencontrer et disposaient de sept minutes pour échanger sur leur activité et leurs besoins. « C’est positif car tu ne sais pas qui tu vas rencontrer, il n’y a pas d’a priori », a expliqué Dominique Béhar de Terra 21 qui animait la rencontre (et qui s’est bien amusé). C’est aussi cela l’espace Chez DD, provoquer les rencontres pour construire des événements durables.

 

Télécharger le programme complet Chez DD