Culture et parité : l’urgence d’agir !

Les femmes demeurent sous-représentées dans le secteur culturel, et notamment musical. Quelle est la responsabilité des programmateurs et des bookers ? Comment y remédier ? Pour en débattre, l’Espace DD réunissait le 17 janvier à Nantes Béatrice Desgranges (Marsatac), Fany Corral (Kill the dj), Joran Le Corre (Panorama) et Georgia Taglietti (Sonar).

Les chiffres sont éloquents. Selon une étude de Female :pressure, entre 2012 et 2017, les festivals français ont seulement programmé 11% de femmes. « Dans un secteur a priori progressiste, la question de la parité semble évidente mais c’est un leurre, tranche Béatrice Desgranges, fondatrice du festival Marsatac à Marseille. Les progrès sont, en fait, minimes. »

Pour quelles raisons ? Les programmateurs de salles de musiques actuelles, de festivals et même de clubs ont, à n’en pas douter, une part de responsabilité dans ces déséquilibres. « Les postes de pouvoir sont tenus par des hommes. Et la programmation, même si ce n’est pas conscient, s’en ressent, estime Fany Corral, fondatrice du label Kill the dj. Ces professionnels doivent être accompagnés pour booker plus de femmes, notamment sur les scènes “découverte” ou lors du warm up, ce moment où la salle se remplit et où ils prennent peu de risques. »

Pour être programmée, il faut avoir l’opportunité de se professionnaliser. Et donc de bénéficier de lieux dédiés. Fany Corral, qui coordonne aussi le festival Loud & Proud, en veut pour preuve l’expérience du Pulp, ce club lesbien, à Paris, où est né son label Kill the dj. « De Jennifer Cardini à Chloé, en passant par Scratch Massive, des femmes ont pu se professionnaliser parce qu’elles avaient un espace pour travailler. Depuis sa fermeture, en 2007, peu de femmes Dj ont émergé à l’international. »

L’enjeu du booking

Comment remédier à cette sous-représentation ? Le réseau est une arme fondamentale, comme She Said So le démontre. Via une plateforme digitale, le collectif connecte entre elles près de 2400 professionnelles de la musique enregistrée et live, à l’échelle mondiale. « Le réseau permet d’identifier les talents et de mettre en relation des femmes dans le cadre de recrutement, notamment », explique Georgia Taglietti, membre fondatrice du collectif et directrice de communication du festival Sonar à Barcelone.

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Pour infléchir la domination masculine des plateaux artistiques, le booking constitue aussi un enjeu de taille. « Dans la négociation, insiste Georgia, le booker peut très bien imposer ses conditions et dire “tu prends tel artiste, sinon, je ne te vends pas ma tête d’affiche”. »

Imposer des quotas ?

Autre levier : conditionner les subventions publiques à une exigence de parité. Voire imposer des quotas. Une idée qui fait toujours débat : « On force à programmer des choses qui ne plaisent pas forcément. Et ce n’est pas toujours simple, par exemple pour un festival de métal comme le Hellfest », nuance Joran Le Corre, directeur du festival Panorama à Morlaix. Ce dernier veille à programmer une part importante d’artistes féminines, et en compte beaucoup dans son roster, en tant que booker de l’agence Wart.

Pour avoir des femmes, demain, sur les scènes hexagonales, il est nécessaire enfin de voir émerger des modèles. « Pour pratiquer, il faut pouvoir s’identifier, souligne Fany Corral. La visibilité est le nerf de la guerre de toutes les luttes minoritaires. Et plus il y aura de femmes sur scène, plus ça appellera les femmes. » Bonne nouvelle : le directeur du Printemps de Bourges, Boris Vedel, a rappelé, aux BIS, que le festival ferait cette année la part belle, justement, aux femmes. Signe que l’espoir est permis. « Le line-up sera composé à 35-40% de femmes, souligne-t-il. Et cela n’a pas été si compliqué de réaliser une telle programmation. » Signe que la parité est d’abord une affaire de volonté.


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